INTERVIEWS
L'affaire Van Hamme

Jean Van Hamme : Scénariste

Date de l'interview : janvier 2002

Album lié à l'interview :
L’Affaire Francis Blake

Contact : Que représente Blake et Mortimer pour vous ?
Jean Van Hamme : Mon enfance. Je les ai découverts lorsque j’avais sept ans et demi : "Le secret de l’espadon" dans le journal de Tintin, le 26 septembre 1946. Mon premier choc en bande dessinée. Mais ça n’a même pas été jusqu’à mon adolescence, encore que j’ai du mal à définir si c’est à cause de la qualité (déclinante) des albums ou de moi qui, grandissant, devenait plus critique. Vous savez, c’est un peu comme le dixième "James Bond", ça ne peut pas avoir le même impact que le premier. En outre, de 1946 aux années cinquante, Jacobs était le seul à atteindre un tel niveau de qualité et de précision. Dans les années 60, il s’est retrouvé un peu noyé.

C : Avez-vous, comme Ted Benoit, hésité ?
JVH : Pas une seconde. On m’aurait proposé n’importe quelle autre reprise, j’aurais refusé, sans hésitation non plus d’ailleurs.

C : Même Hergé ?
JVH : Oh oui, ce n’est pas dans mes cordes. Incapable de réaliser Tintin. Avec Blake et Mortimer, J’avais l’impression que je ne pas me casser la figure. Pour eux, pour Jacobs, j’ai fait ce que je n’avais jamais fait. J’ai fait comme un comédien à qui l’on dit qu’il doit interpréter un rôle et qui se met à relire tout ce que l’auteur a écrit, comment il a vécu, quel devait être son état d’esprit. J’ai essayé d’effacer ma personnalité pour me mettre au service de la sienne. Bizarrement, je n’ai pas éprouvé beaucoup de difficulté à me couler dans la peau de Jacobs. Il fallait respecter son principe narratif propre (ces pavés de texte en plus des phylactères) et essayer de remettre les expressions traditionnelles et un peu ringardes des deux héros et du méchants Olrik : "Enfer et damnation", "The devil !", etc. Ca m’a beaucoup amusé ! Je n’aime pas le mot "défi", je n’aime pas le mot "hommage", je ne retiens que l’énorme plaisir que nous avons eu.

C : Ted Benoit se sent plus proche de Blake, et vous ?
JVH : De Mortimer, bien sûr. C’est l’élément moteur ! Dans l’histoire que j’ai écrite, Blake a l’air d’être l’élément moteur, mais c’est faux. Blake est un peu trop parfait, or c’est évidemment les défauts qui font le charme des gens et des choses…

C : Y aura-t-il une suite à "l’affaire Francis Blake" ?
JVH : Je suis en train de plancher dessus : ça aura lieu, c’est une première, aux Etats-Unis, et ça sortira peut-être un peu avant… l’an 2000 !

Propos recueillis par François Julien